Comment devenir auto-entrepreneur : le premier mois, jour après jour
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La déclaration d'une micro-entreprise se fait en un quart d'heure. Ce qui coûte cher, ce n'est pas le formulaire mais les choix qui l'accompagnent et que personne n'explique : quelle catégorie d'activité cocher, s'il faut demander l'ACRE, si le versement libératoire vous intéresse, quand la TVA vous rattrape et ce qui se passe avec vos droits au chômage. Ce guide suit l'ordre réel, de la semaine qui précède la déclaration jusqu'au jour où vous déciderez d'arrêter.
L'essentiel
- La déclaration est gratuite et en ligne, sur le guichet unique des formalités. Vous recevez ensuite votre SIRET et votre affiliation à l'URSSAF.
- Les cotisations sont un pourcentage du chiffre d'affaires encaissé, qui dépend de la catégorie d'activité. Vous déclarez chaque mois ou chaque trimestre, même à zéro.
- L'ACRE allège les cotisations la première année sous conditions ; le versement libératoire ne vaut que pour certains foyers.
- Si vous touchez le chômage, vous pouvez garder une partie de l'ARE ou demander l'ARCE en capital. Le choix se fait au début.
- Certaines activités exigent une assurance obligatoire, comme la garantie décennale dans le bâtiment.
1. La semaine avant la déclaration
Arriver devant le formulaire avec quatre réponses préparées évite la plupart des erreurs. Écrivez-les avant :
- Ce que vous allez faire exactement, en une phrase. C'est ce qui détermine la catégorie d'activité.
- Ce que vous pensez encaisser la première année. Utile pour l'ACRE, la TVA et le versement libératoire.
- À qui vous facturerez : particuliers, entreprises ou les deux.
- D'où vous travaillerez : domicile, local, chez le client. Cela joue sur l'adresse de domiciliation, la CFE et les assurances.
Préparez aussi une pièce d'identité numérisée et un justificatif d'adresse, ouvrez un compte bancaire pour l'activité et, si possible, prenez rendez-vous avec un expert-comptable ou une chambre consulaire pour relire vos réponses. C'est l'heure la plus rentable de toute la démarche.
2. Bien choisir la catégorie d'activité
Le formulaire vous demande de décrire votre activité. Cette description détermine votre catégorie, et la catégorie détermine vos taux, vos plafonds et votre interlocuteur.
| Catégorie | Exemples | Ce qui change |
|---|---|---|
| Libérale (BNC) | Coach, psychologue non conventionné, graphiste, consultant, professeur | Taux de cotisations le plus élevé ; abattement pour l'impôt plus faible |
| Prestations commerciales ou artisanales (BIC services) | Coiffure à domicile, esthétique, réparation, photographe | Taux intermédiaire ; inscription au registre des entreprises pour l'artisanat |
| Vente de marchandises | Boutique, revente, restauration à emporter | Taux le plus bas et plafond plus haut ; abattement le plus fort |
- Vous pouvez cumuler vente et prestations dans la même micro-entreprise, avec des plafonds et des taux distincts pour chaque part.
- Les professions de santé réglementées relèvent souvent d'autres règles et d'une caisse propre : vérifiez avant de choisir la micro-entreprise.
- Changer ensuite est possible, avec une déclaration de modification, mais mieux vaut décrire juste dès le départ.
3. Cotisations, ACRE et déclarations
En micro-entreprise, vous payez vos cotisations sociales en appliquant un taux à ce que vous avez encaissé. Pas de chiffre d'affaires, pas de cotisations : c'est le grand avantage du régime.
- Déclaration mensuelle ou trimestrielle, à votre choix, sur votre espace URSSAF. Elle est obligatoire même si vous n'avez rien encaissé : déclarez zéro.
- L'ACRE réduit les cotisations pendant les premiers mois, sous conditions d'éligibilité et selon les règles en vigueur. Elle se demande au moment de la création, pas après.
- La contribution à la formation professionnelle s'ajoute, à un taux très faible, et vous ouvre des droits à la formation.
- Le versement libératoire fait payer l'impôt sur le revenu en même temps que les cotisations, à un petit pourcentage du chiffre d'affaires. Intéressant seulement si le revenu de votre foyer reste sous un certain seuil.
Vos cotisations couvrent l'assurance maladie, la retraite et les indemnités journalières dans certaines limites. Il n'y a en revanche pas d'assurance chômage pour les indépendants au sens des salariés : pensez à une épargne de précaution.
4. TVA : franchise, dépassement et clients étrangers
La plupart des auto-entrepreneurs démarrent en franchise en base de TVA : ils ne facturent pas de TVA et ne la récupèrent pas sur leurs achats.
| Situation | Ce qui se passe avec la TVA |
|---|---|
| Chiffre d'affaires sous le seuil de franchise | Pas de TVA ; mention « TVA non applicable, art. 293 B du CGI » sur chaque facture |
| Dépassement du seuil en cours d'année | Vous devenez redevable de la TVA à partir du moment prévu par la loi ; il faut alors facturer la TVA et la déclarer |
| Activités exonérées (certains soins, certaines formations) | Pas de TVA, quel que soit le chiffre d'affaires |
| Prestations à des entreprises d'autres pays de l'UE | En général sans TVA française, avec autoliquidation par le client ; il faut un numéro de TVA intracommunautaire |
Surveillez votre chiffre d'affaires cumulé : le passage à la TVA n'est pas un drame, mais il faut l'anticiper pour ne pas devoir payer de sa poche une TVA non facturée.
5. Impôt sur le revenu, plafonds et CFE
Sans versement libératoire, votre chiffre d'affaires est reporté sur votre déclaration de revenus, et l'administration applique un abattement forfaitaire selon votre catégorie pour représenter vos frais. Vous payez ensuite l'impôt au barème, via le prélèvement à la source et ses acomptes.
- Plafonds de chiffre d'affaires : au-delà pendant deux années consécutives, vous sortez du régime micro et passez au régime réel.
- CFE : la cotisation foncière des entreprises est due chaque fin d'année, avec une exonération l'année de création et selon les règles locales ensuite.
- Pas de déduction des frais réels : si vos dépenses sont importantes, le régime réel peut devenir plus avantageux.
6. Compte bancaire, assurances et facturation
Quelques obligations pratiques que l'on découvre souvent trop tard :
| Point | Ce qu'il faut savoir |
|---|---|
| Compte bancaire dédié | Obligatoire si le chiffre d'affaires dépasse un certain montant deux années de suite ; conseillé dès le premier jour |
| Assurance responsabilité civile professionnelle | Obligatoire pour certaines professions, recommandée pour presque toutes |
| Garantie décennale | Obligatoire pour les travaux du bâtiment, à souscrire avant le premier chantier |
| Factures | Mentions obligatoires, numérotation continue, conservation pendant des années |
| Livre des recettes | Registre chronologique de vos encaissements, et registre des achats si vous vendez des marchandises |
La facturation électronique entre entreprises se généralise progressivement en France, y compris pour les micro-entrepreneurs, avec un calendrier qui commence en 2026. Renseignez-vous avant de choisir un outil de facturation.
7. Si vous touchez le chômage
Créer en étant indemnisé est un vrai coup de pouce, à condition d'agir au bon moment. Deux options, qui ne se cumulent pas :
- Maintien de l'ARE. Vous continuez à toucher une partie de votre allocation chaque mois, calculée en fonction de ce que vous déclarez gagner. Pratique si l'activité démarre doucement.
- ARCE. Vous recevez une partie de vos droits restants en capital, en deux versements, pour financer le lancement. Il faut en principe bénéficier de l'ACRE et le demander à France Travail.
Signalez la création de votre activité à France Travail dès le départ. Les règles évoluent : prenez rendez-vous avec votre conseiller avant de choisir.
8. Votre calendrier de la première année
| Quand | Ce qu'il faut faire |
|---|---|
| Avant de démarrer | Déclaration d'activité, ACRE si éligible, assurances, compte bancaire, choix du versement libératoire |
| Chaque mois ou trimestre | Déclaration du chiffre d'affaires à l'URSSAF et paiement des cotisations, même à zéro |
| Au fil de l'eau | Factures conformes et livre des recettes à jour |
| Au printemps | Report du chiffre d'affaires sur la déclaration de revenus |
| En fin d'année | CFE, à partir de la deuxième année en général |
Mettez toutes ces dates dans votre agenda le jour de la création, avec un rappel une semaine avant. Et pour calculer combien facturer afin de couvrir tout cela, voyez comment fixer le prix de ses prestations.
9. Arrêter son activité
Si le projet ne prend pas, bien fermer est aussi important que bien ouvrir :
- Déclaration de cessation sur le guichet unique, avec la date d'arrêt.
- Dernière déclaration URSSAF du chiffre d'affaires encaissé jusqu'à la fermeture, et paiement des cotisations correspondantes.
- Déclaration de revenus de l'année, qui inclut ces derniers mois, et éventuelle CFE de l'année de fermeture.
Conservez factures et justificatifs pendant la durée légale. Si vous recréez plus tard, votre historique comptera, notamment pour l'ACRE.
Questions fréquentes
Combien coûte une micro-entreprise par mois ?
Rien quand vous n'encaissez rien : les cotisations sont un pourcentage du chiffre d'affaires, qui dépend de votre catégorie. Il faut ajouter l'impôt, la CFE à partir de la deuxième année et vos assurances.
Peut-on être salarié et auto-entrepreneur ?
Oui, c'est fréquent, à condition de respecter votre contrat de travail, notamment les clauses d'exclusivité ou de non-concurrence. Vous cotisez des deux côtés.
Dois-je facturer la TVA ?
Pas tant que vous restez sous le seuil de franchise ou que votre activité est exonérée. Au-delà, vous devez facturer et déclarer la TVA à partir du moment prévu par la loi.
Ai-je besoin d'un expert-comptable ?
Ce n'est pas obligatoire et beaucoup s'en passent. Une consultation avant de démarrer reste utile pour bien choisir la catégorie, l'ACRE, le versement libératoire et le bon moment pour passer au réel.
Que se passe-t-il si je dépasse les plafonds ?
Un dépassement ponctuel est toléré ; deux années consécutives au-dessus vous font basculer au régime réel. Anticipez avec votre comptable pour préparer ce changement.